Après une lutte vaillante contre la rechute d'un mal sournois, Claude Hampel, Chevalier des Arts et des Lettres, Chevalier de la Légion d'Honneur, président de la Commission du Souvenir du Crif, fondateur et rédacteur en chef des Cahiers Bernard Lazare, vice-président du CBL et du Prix Max Cukierman, et animateur notoire d'une émission en Yiddish sur Radio J, nous a quittés le 12 novembre dernier, laissant les siens dans une profonde tristesse ainsi que tous ses nombreux amis.
Claude Hampel a vu le jour le 18 octobre 1943 à Varsovie. Jusqu'à l'âge de 14 ans, il a vécu en Pologne, avant que la famille acquise aux idées bundistes, ne gagne la France, où le père Jacob Hampel y fasse entrer son fils Claude pour apprendre la typographie. Quelques années plus tard, Claude intégra le célèbre "Unser Wort", où on lui confia la mise en page du journal. Dans les années 60, parallèlement à son travail dans la presse Yiddish, il réalisa un rêve d'enfant, en rejoignant le grouppe de rock "long Chris et les Daltons" au sein duquel il excella à la batterie, mais cette aventure fut comme on le sait éphémère. Claude Hampel était alors âgé de 20 ans, et comme l'écrit Alain Vincenot dans son ouvrage "Les Larmes de la rue des Rosiers" (Ed. des Syrtes), "sous son apparente désinvolture était enfoui un passé douloureux", car Claude lui confiait: "Dans le ventre de ma mère et à ma naissance, j'avais été 2 fois condamné à mort. Je m'étonnais constamment d'être en vie." Il s'en fallu de peu en effet pour qu'il subisse un sort fatal comme tant d'enfants Juifs nés durant le "Hourban".
En octobre 1940, était érigé le Ghetto de Varsovie. La mère de Claude, Tola, ses parents, son frère et sa soeur, y furent enfermés dans des conditions innommables. En juillet 1942, une rafle emporta le grand-père maternel ainsi que son fils et sa fille. Seules, Tola, la mère de Claude, et sa grand-mère furent épargnées. Mais en 1943, la grand-mère tomba à son tour entre les mains des bourreaux, tandis que par miracle Tola, sur le point de monter dans un wagon de déportation, fut sauvée in extremis par un employé des Chemins de Fer Polonais qui la conduisit chez des cousins, les Michalski (nommés plus tard "Justes parmi les nations") dans leur maison de banlieue, où elle donna le jour, sans l'aide d'un médecin, à Claude le 18 octobre 1943. Une vie lumineuse dans le Pletzel.
Après la déroute du Reich, Tola et son fils Claude, qui ne connaissait pas son père biologique, gagnèrent Lodz, où se tissa une belle rencontre avec Jacob Hampel, seul rescapé d'Auschwitz d'une famille décimée, qui épousa Tola et devint ainsi le père de Claude. En 1948, une fille naquit chez les Hampel. Mais la Pologne, en proie à un antisémitisme virulent, incita la famille à partir. C'est ce qui arriva en 1957, où commença pour Claude une vie lumineuse, marquée par son implantation dans le Pletzel où triomphaient dans les rues les harmoniques du "mameloshon", cette langue vibrante de fidélité et d'humour, qu'il eut à coeur de défendre avec panache jusqu'à son souffle ultime.
Nous saluons la mémoire de ce prince Yiddish à l'élégance morale, dont la discrétion et la modestie furent un modèle. Son sens de la convivialité, de la probité et son art d'organiser avec sérénité - celle-là même qu'il affichait sur son lit d'hôpital lorsque je l'ai appelé il y a quelques jours - les grands rendez-vous de la Mémoire du Crif, des Journées Européennes de la Culture Juive et autres, manqueront cruellement
Article paru le 17 novembre 2016 dans Actualité Juive, avec l'aimable autorisation de de son auteur, Claude Bochurberg, journaliste.