Vendredi après-midi j’ai participé à une cérémonie très émouvante à la synagogue de Stuttgart pour la commémoration du 80ème anniversaire du pogrom antisémite de la nuit du 9 au 10 novembre 1938 (Reichskristallnacht).
Le Ministre de l’Intérieur du Baden-Württemberg, Thomas Strobl, était présent; Fritz Kuhn, le Maire de Stuttgart, également, ainsi que les chefs de presque tous les partis représentés au Parlement du Baden-Württemberg, les dignitaires des grandes églises, le rabbin et beaucoup de membres de la communauté juive de Stuttgart.
Le Ministre et le Maire ont fortement fustigé la montée de l’antisémitisme et de la haine vis-à-vis des Juifs et d'Israël. Au cours des derniers mois, des invectives et des actes aux relents antisémites ont été ouvertement commis par des néo-nazis ainsi que par une partie de l’extrême-droite (AFD). On a vu des actes de violence à la télé, commis par des migrants musulmans contre des personnes portant une kippa à Berlin. Un groupe de néo-nazis a attaqué le patron d’un restaurant juif à Chemnitz au cours d'une manifestation consécutive au meurtre d'un jeune allemand par un réfugié syrien. Le Ministre Strobl (CDU) a promis tout le soutien de l’Etat sur le plan sécuritaire et exprimé toute sa solidarité pour combattre ce fléau.
Le gouvernement du Baden-Württemberg est composé majoritairement des Verts et, dans une moindre proportion, de la droite conservatrice (Merkel- CDU).
La commune de Stuttgart, gouvernée par une majorité écologiste, a décidé de ne plus laisser siéger les activistes du mouvement BDS dans les bâtiments communaux.
Le parlement du Land Baden-Württemberg à Stuttgart a créé au printemps dernier un poste de délégué contre l‘antisémitisme au sein du gouvernement. A ce titre, le Dr. Michael Blume, qui s’occupe intensivement des écoles, des universités, des médias etc., a tenu un discours très engagé et très instructif mardi soir, au cours de la premère semaine des Jüdische Kulturwochen à Stuttgart. Le Baden-Württemberg a été le premier Land en Allemagne à instaurer un poste de délégué contre l'antisémitisme. La Bavière l'a suivi. Il y a quelques mois, Berlin, donc la RFA, s'est dotée également d'un Antisemitismus- Beauftragen sur le plan national.
Au cours de la cérémonie de vendredi à la synagogue, Susanne Jakubowski, la Présidente de la "Communauté hébraïque du Württemberg“, a, pour sa part, ciblé la nouvelle extrême-droite en Allemagne, disant qu’il faut lutter contre ce parti populiste (ADF) pour préserver le multiculturalisme dans notre société, pour que l'Allemagne reste démocratique, ouverte et multiple. Elle a soutenu que toutes les minorités devaient être acceptées et respectées chez nous: les Juifs, les noirs, les homosexuels, les Roms, les musulmans.
Pourtant, et cela peut paraître paradoxal, le parti ADF sait très bien qu’il attire aussi des sympathisants juifs tant qu‘il dénonce fortement l’afflux des réfugiés musulmans animés de haine contre lsraël et la communauté juive. J’ai même entendu parler d’un groupe de juifs qui se seraient engagés au sein de l' ADF, bien que notre Deutsch-Israelische Gesellschaft se soit publiquement prononcée contre l' ADF à plusieurs reprises.
En ce qui concerne Israël et la relation avec les Juifs, l'attitude du parti ADF reste floue et pour le moins contradictoire: Israël sert clairement de vaisseau amiral dans la lutte contre l'Islam mais il y a aussi des députés de l'AFD aux parlements régionaux qui se montrent très proches des néo-nazis en véhiculant des fantasmesconspirationnistes (les Juifs organiseraient les vagues migratoires pour consolider leur pouvoir et leur domination du monde) et en citant impunément les Protocoles des Sages de Sion.
A mon avis ils représentent un danger pour la société libérale et démocratique.
Quoiqu’il en soit, mon impression sur cette cérémonie du vendredi après-midi a été celle d‘une forte démonstration de solidarité envers la communauté juive.
J’étais très ému.
Hajo de Waiblingen